L’HISTOIRE DU TELEPHONE DANS LA MANCHE 2

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Les amoureux peuvent se téléphoner


Malgré les quatre échecs successifs de 1897, 1899, 1901 et 1902, le sous-secrétariat d’Etat aux P et T écrit le 4 mars 1905 afin que le Conseil Général de la Manche soit à nouveau consulté sur l’opportunité de doter le département d’un réseau téléphonique. 25 abonnés communiquent certes, mais attentes prolongées et auditions affaiblies entraînent de nombreuses plaintes de la part des utilisateurs. Nord et sud du département doivent transiter par Caen pour communiquer entre eux. En outre la ligne omnibus Villedieu-Avranches-Granville-Coutances-Saint-Lô-Caen n’arrange pas la situation, en raison des dérivations existant dans les bureaux intermédiaires. En effet, au début du xx· siècle, la qualité de service ne pouvait être satisfaisante que si le rattachement des localités à un centre avait lieu par une ligne spéciale ou d’usage commun à deux d’entre elles au plus. Face aux demandes d’un certain nombre de localités, l’Administration souhaite qu’un projet d’ensemble soit adopté, prévoyant le rattachement des localités les plus importantes et la création de lignes départementales et interdépartementales. Afin d’emporter une décision favorable de l’Assemblée départementale, le sous-secrétaire d’Etat cite en exemple un certain.nombre de conseils généraux ayant pris la décision d’assurer tout ou partie du service des intérêts de l’emprunt et ajoute: « Si, à la session d’avril prochain, une décision favorable, au sujet de la participation financière du département, était prise par le Conseil Général, le projet du réseau lui serait soumis au mois d’août et cette Assemblée pourrait déterminer dans quelle mesure le département contribuerait aux dépenses prévues »(11). Après consultation des communes, un projet définitif comprenant toutes les localités ayant donné leur adhésion serait établi. Les conseils municipaux seraient ensuite invités à prendre une délibération régulière, en vue de l’inscription au budget des dépenses de la commune, de la somme à verser annuellement au département. L’Administration précise que cette somme diminuerait d’année en année jusqu’au complet remboursement du capital avancé. Enfin les souscripteurs (villes, chambres de commerce ou particuliers) des avances non encore amorties pourraient transférer leurs droits au département. Dans sa lettre au Préfet, le sous-secrétaire d’Etat conclut ainsi: «Je vous serais très reconnaissant de joindre vos efforts à ceux de mon Administration, en vue d’amener cette Assemblée à poursuivre la réalisation d’un projet qui faciliterait l’échange des relations commerciales, industrielles et privées des habitants de la Manche »(11). A nouveau le Conseil Général de la Manche doit se décider. Toutefois la Commission d’Administration Générale avant de se prononcer « sur cette importante question» souhaite copnaître le montant de l’avance que le département aurait à faire à l’Etat pour l’établissement du réseau téléphonique. Dans son rapport annuel, le Directeur Départemental constate qu’entre 1904 et 1905 le nombre de conversations téléphoniques a augmenté.

Poste téléphonique vers 1905

Poste téléphonique vers 1905

Dans son rapport annuel, le Directeur Départemental constate qu’entre 1904 et 1905 le nombre de conversations téléphoniques a augmenté d’environ 30 %, ce qui « prouve le développement incessant des relations par téléphone, la faveur toujours croissante avec laquelle le public accueille ce moyen de communication rapide et fait pressentir combien plus considérable serait le nombre des abonnés, lorsque la Manche sera en possession d’un réseau plus complet et mieux compris »(12). Il signale le grand effort de la Chambre de Commerce de Granville qui finance un circuit Granville Rennes dont la construction est achevée en septembre 1905 et déplore que Cherbourg ne possède aucune communication téléphonique directe avec le centre du Département. Il précise qu’un nouveau projet est à l’étude et ajoute que son adoption permettrait de mettre fin à toutes les plaintes et à toutes les réclamations des abonnés sur la lenteur des communications et la mauvaise audition. Lors de la deuxième session en août, le Préfet présente dans un rapport supplémentaire l’ensemble du projet de réseau téléphonique départemental. Le rapport démontre son utilité par la prospérité des deux grands réseaux déjà créés, Cherbourg Valognes Caen et Avranches Granville Coutances Saint-Lô Caen : « le premier a été mis en service le 20 février 1901 : en moins de cinq années, les 57420 francs qu’il a coûtés seront rentrés dans les caisses des villes de Cherbourg et Valognes. Le second n’est en service que depuis le 15 août 1903, et déjà il accuse un rendement annuel de 24 000 francs »(13). Le projet présenté répond à un double but: améliorer le réseau déjà constitué et doter du téléphone toutes les localités du département qui, soit en raison de leur importance, soit à cause des commerces et des industries qui s’y exercent, paraissent susceptibles d’utiliser ce nouveau mode de communication. Le rapport insiste sur l’impossibilité de communiquer facilement entre le nord et le sud du département: pour téléphoner de Cherbourg à Saint-Lô, il faut passer par Caen. Quant à la création de nouveaux bureaux, l’Administration proposait de les rattacher sur des centres existants: Cherbourg (15 communes), Valognes (4), Saint-Lô (28), Coutances (9), Granville (9), Avranches (8) et Mortain (10). L’ensemble qui prévoyait le rachat des réseaux déjà construits concernait 83 communes dont 38 chefs-lieux de cantons. La participation financière des communes était souhaitée afin d’une part de soulager la dette départementale, et d’autre part surtout de mesurer leur intérêt de posséder le téléphone. En conclusion de son rapport, le Préfet chiffre le projet à 800 000 francs et propose au Conseil Général de procéder à un emprunt remboursable par annuités en 15 années. La commission d’Administration Générale acceptait sans réserve le rachat immédiat du réseau Cherbourg Valognes Caen et la construction rapide de la ligne Cherbourg Valognes Saint Lô (en prenant la somme aux dépens d’un crédit de 100 000 francs réservé à la construction d’une prison à Avranches). Cependant, la création du réseau téléphonique départemental ne fut acceptée que sous la réserve d’une amélioration des communications qui étaient« absolument insuffisantes », en particulier avec Paris. Ainsi ce cinquième projet de réseau téléphonique apparaissait être le bon, mais toujours prudents, les conseillers généraux de la Manche n’acceptaient que du bout des lèvres: tant que l’amélioration des communications téléphoniques avec Paris ne serait pas réalisée, l’emprunt de 800 000 francs ne pouvait pas être envisagé.

La réalisation du réseau


L’acceptation définitive par le Conseil Général restait subordonnée à l’amélioration des liaisons avec Paris et cette question fut débattue lors de la séance du 24 avril 1906. Des trois solutions envisagées, Granville Paris, Granville Argentan et Saint-Lô Paris, la dernière fut retenue et une avance de 150000 francs pour sa réalisation fut décidée. Dans son rapport annuel de 1906, le directeur départemental se félicitait de la mise en service des circuits Granville Rennes et Cherbourg Valognes Saint-Lô et annonçait la mise en chantier incessante du circuit direct Saint-Lô Paris qui permettra de donner « à n’en point douter satisfaction complète à tous les abonnés du département quant à la rapidité des communications avec la capitale» (14). Lors de la séance du 22 août, le Préfet rendit compte de la consultation effectuée auprès des communes intéressées dans l’avant-projet sur leur participation, dans une proportion de moitié, aux frais d’établissement du réseau. Quelques-unes refusèrent, mais 60 acceptèrent. L’avance à faire à l’Etat pour créer ces nouveaux bureaux, y compris les réseaux locaux, les cabines et les circuits, s’élevait à 499 240 francs. Un tableau de la part contributive de chaque commune fut établi en fonction de sa population: ainsi le Mont-Saint-Michel fournissait 20,45 francs et Avranches 1 125 francs. L’ensemble des résolutions du Préfet de la Manche furent adoptées au cours de cette séance. Il fut décidé que le département ferait à l’État l’avance de 499240 francs, que des conventions seraient passées avec la Chambre de commerce de Granville et la ville de Villedieu pour le rattachement des lignes créées ou à créer, d’accepter les offres de concours en intérêts offertes par les communes adhérant au projet et qu’un emprunt de 550 000 francs au taux de 3,75 % sur vingt ans serait .contracté auprès du Crédit Foncier de France. Après la ratification du contrat entre l’Etat et le département par le sous-secrétaire d’Etat aux P et T, la réalisation du réseau téléphonique pouvait commencer.

(14) Délibération du Conseil Général – Rapport du DD

15 (121 Délibérations du Conseil Général – 2e session 1905

113) Séance du 22 août 1905

111) Délibération du Conseil Général – l’” session 1905 -