Vie à la ferme, loisirs, agriculture
LE CIDRE : Boisson normande depuis le Xe siècle
Le cidre, breuvage normand par excellence, joyeux et « gouleyant » assez raide pour les autochtones ou plus doux pour les citadins, a évolué au fil des ans. Aujourd’hui on le boit comme apéritif coupé avec du cassis ou de la mûre. Avec 5° d’alcool, un Kir au cidre fait chanter les têtes sans les tourner. À condition de ne pas en abuser.
L’origine du cidre est attestée au Xe siècle en Normandie. Aujourd’hui, si on utilise des broyeurs automatiques pour presser les pommes, la fabrication artisanale au fil des siècles reste la même. Après avoir éliminé le MARC, on obtient le jus de pomme que l’on verse dans une cuve. Après quelques jours, se forme une couche à la surface que les gens d’ici appellent : un « chapeau brun ». Vient ensuite l’opération de « soutirage » qui consiste à éliminer les levures et les matières azotées, en transférant le jus dans un grand tonneau ou il s’éjournera jusqu’au printemps, avant de devenir LE CIDRE.
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LA VIE A LA FERME AU DÉBUT DU SIÈCLE
Quelque peu engourdie dans son cocon protégé, freinée aussi par la prédominance écrasante de la petite, voire très petite, exploitation de type familial, l’agriculture française est en retard par rapport à celle des grands voisins européens, dont les rendements agricoles sont bien supérieurs. Cette paysannerie française peine sans doute à se moderniser, mais elle tente de s’organiser aussi, avec la création des syndicats agricoles, des caisses de crédit professionnelles ou des premières coopératives de producteurs…
La Première Guerre mondiale va la décimer, scellant la fin de la France paysanne. Une fin sans doute inéluctable à terme mais qui se fit à travers une effroyable hécatombe. On estime que 500 000 à 700 000 jeunes paysans tombèrent au front, et à près de 500 000 le nombre de blessés, pour beaucoup de futurs invalides. Les monuments aux morts dressés au milieu du plus petit des villages de France rappellent que c’est cette France paysanne qui a fourni à l’armée la grande majorité de ses fantassins. Jeunesse décimée, population vieillie : les friches s’installent en nombre et demeureront, tandis que s’accroît la superficie des forêts. Comme beaucoup de commune de France, le Petit-Celland a payé un lourd tribu lors du premier conflit mondial. 24 de ses enfants ont été tués et autant de blessés. Les jeunes gens qui reviennent de la guerre mutilés vont continués à travailler à la ferme parfois avec deux bras articulés et une jambe de bois.
Au début du XXe S la vie d’agriculteur était difficile. Pas d’eau, pas d’électricité sans parler des conditions d’hygiène déplorables. Quand éclate la Seconde Guerre mondiale, s’achève la grande évolution de la France rurale, bousculée par la dynamique de l’ère industrielle. La Normandie va se transformer en un gigantesque champ de bataille, et confondre son destin avec celui de ces milliers de soldats alliés qui vont foulés son sol pour la libérer du joug nazi. Du fait de sa situation géographique, le Petit-Celland s’en sortira plutôt bien par rapport aux villes comme Avranches, Saint Hilaire du Harcouet et Mortain la petite commune ne connaîtra pas de destructions importantes. Dans la région du Petit-Celland comme un peu partout en France, jusqu’à la fin de la seconde Guerre mondiale, il y avait beaucoup de petites fermes. C’était une époque où l’on pouvait vivre avec trois, quatre, cinq hectares seulement. En revanche, le travail était très dur le moindre recoin de terre était l’objet d’une peine intense. L’absence de mécanisation imposait une main d’œuvre importante. Les battages se faisaient en commun. Les fermes n’étaient pas chauffées, on se réunissait autour de la cheminée dans la pièce commune qui servait à la fois de salle à manger de chambre à coucher et de cuisine. Pour se laver, il fallait sortir tirer l’eau du puits. Pas d’électricité bien sur..
On a du mal à imaginer de ce que pouvait être la vie des fermiers à cette époque. Pas de loisirs, pas de vacances, ce mot ne figurait pas dans leur vocabulaire. Pourtant, en dépit de cette existence difficile la vie s’écoulait paisiblement rythmée par les mariages et les enterrements. Toute la collectivité, tout le village était rassemblé pour y participer, à la joie ou à la peine .
LOISIRS ET PASSIONS
Les dimanches on jouait aux cartes ou à la galloche. Les gens de la terre n’avaient guère plus de loisirs. Ils ne s’intéressaient pas beaucoup à ce qu’était la vie politique. Il n’y avait pas la télévision. Ils lisaient assez peu les journaux. La vision qu’ils avaient du monde, c’était celle qui était au bout de leur propriété. C’est peut-être pour ça qu’ils étaient heureux au fond . Dans les romans qui nous replongent dans cette France du début du XXe siècle, on voit aussi une population qui se partage entre le message que transmet l’instituteur laïc et celui du curé. En revanche, il y avait des passions politiques beaucoup plus qu’aujourd’hui. De nos jours les débats politiques ont lieu à la télévision, les gens sont passifs devant leur poste. Mais à l’époque ce qui intéressait les ruraux, c’était d’abord les élections municipales et les élections sénatoriales. Les jeunes hommes épousaient les idées de leur famille. Si la famille était radicale, on était radical. Si elle était libérale, on était libéral. On ne cherchait pas à comprendre pourquoi. On restait dans le champ idéologique de sa propre famille. On était bloc national et il y avait assez peu de surprises au niveau des votes.
L’AGRICULTURE MODERNE
Les grandes mutations se sont opérées après la seconde Guerre mondiale. Il a fallu s’équiper, acheter des tracteurs. C’est à cette époque que l’on voit apparaître les représentants de commerce qui démarchent les agriculteurs. Le début des années 50 marque un tournant dans les mentalités. C’est le début del’endettement et du rôle des banques. Henri Queuille qui fut sénateur, président du Conseil sous la IIIeRépublique, à plusieurs reprises, a été l’un des fondateurs du Crédit Agricole. Cet établissement mutualisé a joué un rôle important dans le développement de l’agriculture de l’après-guerre dans la mesure ou les agriculteurs étaient pour la première fois intégrés dans son fonctionnement. Si le crédit a participé au développement des petites exploitations, il a dans le même temps favorisé un comportement individualiste qui a complètement modifié les rapports sociaux. Aujourd’hui, les jeunes agriculteurs vivent la terre d’une façon différente. De nos jours, elle est un moyen de gagner de l’argent, de rentabiliser les investissements toujours plus importants. Le paysan a changé de fonction, il est devenu exploitant-chef d’entreprise. L’œil rivé sur son écran d’ordinateur, il doit surveiller les courbes de croissances animalières et financières. Avec la politique agricole commune, la terre est devenue une industrie à part entière ne laissant aucune chance aux petits agriculteurs.



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