Le mystère de la roche au diable
3 septembre 2009A la Pilière, ces mortaises de débitage sont remarquables. On en trouve une première rangée, constituée par six entailles parfaitement alignées, sur la partie haute de la roche. Une seconde rangée, en médiocre état, occupe une face latérale. Les mortaises de la première rangée sont longues de 8 à 9 centimètres, avec un écartement de 4 centimètres . Elles sont profondes de 7 à 8 centimètres, avec une largeur maximum, entre les lèvres de la mortaise de 5 à 6 centimètres .
Le fond de la mortaise est arrondi, d’un excellent travail, vraisemblablement exécuté par un laborieux piquetage au percuteur de pierre. Non loin à Saint Sever, au lieu dit “la roche coupée,” dans une carrière abandonnée aux siècles passés les roches montrent des mortaises portant la trace d’un percuteur de métal. Manifestement, à la Pillère les deux rangées de mortaises témoignent d’un échec lointain de débitage. Il ‘est vraisemblable de penser que cette tentative de débitage est contemporaine de l’ érection de mégalithes dans la région, environ 2000 ans avant Jésus Christ. La légende médiévale donne une explication de cet échec humain, de cet abandon du débitage, en l’attribuant au diable. Les carriers d’aujourd’hui pensent différemment. Pour eux, enfin, ceux de jadis et de naguère, sachant encore se servir d’un percuteur, l’homme qui cherchait il y a 4000 ans à partager la pierre n’a pas su trouver le fil du granit. Car comme pour la croissance des arbres, le granit, roche composite, s’est formé selon une poussée qui l’a organisé selon un sens précis, qu’il faut retrouver pour le découper aux mortaises, feuille par feuille – comme il est fait pour l’ardoise ou les Schistes ardoisiers. Il y a plus de 4000 ans l’homme n’a pas admis son échec, son erreur d’observation ne pouvait être imputée qu’à une force supérieure devenue diabolique à l’ère chrétienne et développée par la légende de Saint – Michel. En quelque sorte c’est le christianisme qui l’a appelée Pierre au diable. Il faut noter qu’avec la chrétienté est également apparu, au Petit-Celland, SaintGerbold dont la fontaine miraculeuse coule encore et dont les reliques ont fait beaucoup écrire. Si la Pilière est implantée sur la commune actuelle du Grand-Celland elle est accessible par le Petit Celland. La pierre au Diable se trouve sur un terrain privé. Le propriétaire a très aimablement aménagé les abords pour permettre la visite. C’est par cette pierre que nous avons commencé pour dire la présence humaine aux Cellands, Grand et Petit depuis plus de 4000 ans. Présence relativement importante à cette période dite des mégalithes puisque il existe encore à la Dodemanière les restes d’un dolmen et que la carrière de la Horique a livré des haches polies. Cette époque qui se situe à moins 2000 ou 2500, avant Jésus Christ, est celle de la Préhistoire - c’est à dire de l’histoire non écrite par ses contemporains, l’homme de la Pilière nous reste inconnu – faute d’écrit.
Le terme “mégalithe” englobe au sens large toute pierre d’un volume respectable que l’homme préhistorique a utilisé, soit pour ériger des monuments tels les fameux dolmens ou menhirs, mais aussi pour tailler ses outils (polissoirs) ou encore exercer ses talents de graveur ou sculpteur.
Contrairement aux cavernes, les mégalithes ont très souvent eu l’occasion d’être déplacés, et parfois même de fort loin. Ce qui n’empêche pas en plus de trouver de temps à autre sur leur flancs diverses manifestations d’un art que l’on dit pariétal (cf. déesses funéraires). Au Moyen Age, ces monolithes furent bannis en raison des cultes hérétiques qu’ils pouvaient engendrer et développer, et l’on doit à cette période de christianisme intense un bon nombre de destructions, renversements, ensevelissements, mais aussi de conversions, telle que les menhirs retaillés en croix ou avec ce symbole religieux ajouté à leur chef.
Les dolmens également ont pu servir jusqu’à une époque relativement récente, puisque certaines fouilles ont livré des squelettes de l’époque gallo-romaine. En tous les cas, le phénomène mégalithique ne dépasse pas l’âge du bronze, c’est à dire que sous nos latitudes aucun dolmen ni menhir n’a été érigé après le IIe millénaire avant notre ère. Quant aux polissoirs, ils ont perduré bien après l’âge des métaux et sévissent encore, telle la vieille margelle de puits public en grès usée à force d’aiguiser les couteaux des villageois.



Tourisme Brecey
Fondation du patrimoine
Généalogie.com
Pays de la Baie