Crise du lait
Les banques vont accorder d’ici à fin 2009 des prêts à remboursement différé de 250 millions d’euros aux producteurs de lait afin de soulager leur trésorerie, a annoncé lundi soir le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire pour tenter de désamorcer la colère des éleveurs.
“Les banques ont dégagé 250 millions d’euros pour les prêts aux jeunes agriculteurs et pour ceux qui ont investi récemment, c’est-à-dire à tous ceux qui ont aujourd’hui les charges les plus lourdes”, a déclaré le ministre à l’issue d’une réunion avec les banques et les assureurs.
“Ces 250 millions seront prêtés tout de suite et les producteurs ne rembourseront qu’à partir de janvier 2011″, a-t-il ajouté, précisant qu’il avait négocié avec les banquiers un taux d’intérêt “maximal de 3%”.
“Nous allons débloquer d’ici à la fin de l’année 250 millions de prêts de fonds de roulements d’une durée de trois à cinq ans à remboursement différé” d’un an, a précisé pour sa part à la sortie de la réunion Jean-Yves Hocher, directeur général du Crédit Agricole.
Le Crédit Agricole débloquera 200 millions sur les 250 millions d’euros prévus, le reste se répartissant entre le Crédit mutuel, Banque populaire et BNP Paribas.
Par ailleurs, l’Etat va utiliser les 30 millions d’euros récemment débloqués pour soutenir les éleveurs français pour rembourser les intérêts d’emprunt en 2009 des producteurs les plus touchés.
Les assureurs vont, eux, étudier “au cas par cas” les dossiers des quelque 90.000 agriculteurs français les plus en difficulté et reporter les appels à cotisation qui tombent début janvier, a expliqué M. Le Maire.
Une partie des producteurs observent depuis onze jours une “grève du lait” pour dénoncer la politique de dérégulation européenne et la volatilité des prix du lait qui se sont effondrés ces derniers mois.
Samedi, le ministre de l’Agriculture avait déjà tenté de répondre à la crise du secteur en proposant des “accords” entre les producteurs et les industriels “sous le contrôle” des pouvoirs publics afin de “garantir un revenu stable”. Mais ce geste n’avait pas suffi à apaiser les éleveurs sur le terrain.
Les manifestations se sont poursuivies lundi dans plusieurs pays européens. A Bruxelles, des agriculteurs de la Confédération européenne des producteurs laitiers (EMB) ont déversé un “lac de lait” de quelques milliers de litres devant les locaux de la commission européenne.
Les organisations grévistes de producteurs de lait ont estimé mardi que l’annonce de prêts préférentiels pour alléger la trésorerie des éleveurs était une “avancée” mais insuffisante, et se sont dits déterminés à poursuivre leur grève du lait.
La Coordination Rurale et l?Organisation des producteurs de lait (OPL) “constatent une avancée certaine de leur cause”, ont affirmé ces deux organisations dans un communiqué.
Mais, selon elles, “ces signes encourageants ne permettent pas aux producteurs de relâcher leur pression qui doit aboutir à la convocation effective d?un conseil extraordinaire des ministres européens de l?Agriculture” réclamé la veille par le ministre français de l’Agriculture Bruno Le Maire.
Après le ralliement de la Pologne lundi, 19 pays sur 27 soutiennent désormais une proposition franco-allemande en vue d’une régulation du marché européen afin d’enrayer l’effondrement des prix.
M. Le Maire a annoncé lundi soir le déblocage immédiat par les banques de 250 millions d’euros de prêts avec un remboursement différé d’un an pour les producteurs les plus en difficultés, ainsi que la prise en charge par l’Etat de certains intérêts d’emprunt.”La mobilisation continue et le prix du lait doit remonter au-dessus des coûts de production, sinon le malade va mourir”, a déclaré à l’AFP Daniel Condat, président de l’Association des producteurs de lait (APL).
“On nous propose un emprunt de 2.500 euros et on a une perte de 15.000 euros” en moyenne par producteur sur un an, a-t-il dit. ”Les gens sont déterminés à poursuivre le mouvement car avec les mesures annoncées, on va dans le bon sens, mais on est loin du compte”, a également estimé le président de l’association des producteurs de laits indépendants (APLI), Pascal Massol, qui craint une “radicalisation du mouvement”. Selon lui, le mouvement pourrait continuer sous d’autres formes “comme le filtrage des laiteries”, plutôt que l’épandage de lait, très impopulaire.
De son côté, la Confédération paysanne, qui participe au mouvement, a entrepris mardi de distribuer 22.000 litres de lait sur la place de la République à Paris.
Depuis le lancement de la “grève du lait” le 10 septembre pour protester contre la chute des prix et la dérégulation du marché souhaitée par Bruxelles, une partie des producteurs a multiplié les actions en France et le mouvement a commencé à essaimer en Europe.
La grève a été déclenchée à l’initiative de l’APLI et l’APL, deux organisations minoritaires en France, membres de la fédération des producteurs de laits européen (EMB).



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