INAUGURATION DU SALON DE L’AGRICULUTURE.
LES TEMPS CHANGENT…
Accompagné du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy a été dès son arrivée sollicité par des éleveurs inquiets.
“Il faut absolument revoir les prix à la production, sinon on va mourir”, lui a dit l’un d’eux. Ne vous inquiétez pas leur a rétorqué le chef de l’Etat : « On est 6 milliards d’individus sur terre, on sera bientôt 9 milliards, on aura toujours besoin de vous. Vous ne disparaîtrez pas. Vous continuerez à exister mais pas de la même manière”. Et tout le problème est là justement, de quelle manière ? Car derrière ces paroles « optimistes » qui ne sont pas de nature à rassurer une profession inquiète pour son avenir, il y a les chiffres. Il y avait en 2007 507 000 exploitations agricoles en France. En 2020, il en restera la moitié. Et encore, si tout va bien !
Dire aux agriculteurs qu’on aura besoin d’eux pour nourrir la planète, c’est prendre la tangente pour s’écarter des vraies réponses à leur apporter. Mais il est vrai que l’endroit est propice aux grands effets d’annonces. Et notre Président est un expert en la matière.

Avant de faire de telles déclarations, il faut se pencher sur les chiffres. En France, les agriculteurs ne représentent plus que 3,5% de la population active contre 46% en moyenne mondiale (approximativement). En revanche, agriculteur est la profession la plus répandue dans le monde, et le nombre d’agriculteurs augmente toujours dans beaucoup de pays. À l’échelle du monde, on peut estimer le nombre à 1 milliard et demi en 2010. Dans les pays développés, la superficie consacrée aux terres cultivées recule. Mais elle continue d’augmenter à l’échelle mondiale, certes moins vite que le nombre d’agriculteurs d’où une diminution globale des superficies par exploitation (notamment en Chine et en Inde, pays qui abritent à eux seuls les 2/3 des agriculteurs de la planète). En France, la terre cultivable se raréfie, et elle n’est pas extensible. Donc, lancer aux agriculteurs français qu’ils seront toujours indispensables pour nourrir la planète est une lapalissade. Sauf qu’il faut raisonner d’un point de vue mondial, et pas seulement français. À l’échelle mondiale, la question « nourrir les hommes » se pose à travers quelques ordres de grandeur. La superficie des continents se décompose actuellement en 6200 millions d’hectares d’espaces sans végétation, 4100 millions d’hectares d’espaces forestiers, 3100 millions d’hectares de prairies (naturelles) et 1500 millions d’hectares de terres arables (dont 275 millions avec irrigation : cela représente 18% de la surface mais 40% de la production agricole mondiale !).
Donc, à l’échelle mondiale, il faut augmenter les rendements car les besoins à venir vont croître à la mesure de la croissance démographique. En effet, la production mondiale de céréales avoisine les 2 milliards de tonnes pour une population de 6 milliards d’individus, soit une moyenne de 330 kg par habitant et par an. En 2012-2013, nous aurons atteint une population mondiale de 7 milliards d’âmes. Il faudra donc produire 330 millions de tonnes de céréales de plus. Cela revient à créer une sorte de « clone » des États-Unis (au niveau de la production) d’ici 12-13 ans. Deux alternatives sont possibles : augmenter les superficies cultivées ou accroître les rendements. Un scénario impossible en Europe quant on sait que l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont réduit de façon drastique leurs surfaces agricoles. Et c’est là que le bât blesse. De plus, qui dit rendement, dit engrais, pesticides et autres saloperies. Et l’on connaît aujourd’hui les méfaits que ces produits chimiques répandus en grande quantité dans nos champs ont sur la santé. L’augmentation des rendements est un argument qui ne tient pas. Du moins en France, car dans les pays en voie de développement, ce n’est que le début. Ce qui n’est pas pour déplaire aux industriels, qui vont réaliser de gros bénéfices. Les agriculteurs français, quant à eux, doivent se préparer à des jours difficiles. Pour se consoler, ils pourront toujours écouter Carla chanter : « Douce France cher pays de mon enfance ». Une chanson écrite par le grand Charles Trenet pendant la guerre, pour redonner de l’espoir aux gens. Alors… Sursum corda !