VILLAGE HISTORIQUE DE NORMANDIE

L’HISTOIRE DU TELEPHONE DANS LA MANCHE

Si la Manche est aujourd’hui le département le plus avancé en matière de  réseaux numériques ce n’est pas le fruit du hasard. Son attachement  au développement des moyens modernes de télécommunications remonte à la seconde moitié du XIXe siècle. Elle doit son succès à la volonté d’une poignée d’élus, qui ont cru avant les autres à l’importance du téléphone pour désenclaver notre département. C’est grâce à des hommes comme Gaudin de Villaine sénateur de la Manche sous la IIIe république, ou Emmanuel Liais conseiller général de Cherbourg pour ne citer que ces deux personnalités, que les choses purent avancer. Ce qui nous rapproche aujourd’hui de ces hommes, c’est le combat que mènent aujourd’hui avec la même ferveur le sénateur du Sud Manche, Philippe Bas, et Bernard Tréhet, conseiller général de la Manche. Tous deux sont engagés dans la voie du progrès. Avec les différences qui les caractérisent, ils ont le talent nécessaire pour faire avancer notre département en lui donnant les moyens technologiques et industriels indispensables pour affronter les défis qui s’annoncent.

Durant trois mois, nous allons vous raconter l’histoire de cette épopée « téléphonique » à travers le récit écrit par Yves Lecouturier  dans la revue de la Manche dans les années 1980.

PREMIERE PARTIE

Quand le département de la Manche découvrait le téléphone: 1895-1910


Le téléphone en 1905

Le téléphone en 1905

La Manche fut l’un des premiers départements français à connaître un système de communication instantanée: dès 1798 une ligne de télégraphie aérienne reliant Paris à Brest traversait le sud du département et en 1835 un embranchement Avranches Cherbourg complétait le réseau. Toutefois, ce système étant exclusivement réservé à l’Etat, les Manchots durent attendre l’arrivée du télégraphe électrique après1850 pour communiquer autrement que par lettre. Le 10 mars 1876 l’américainGraham Bell échange la première conversation à distance: le téléphone est inventé. Dès l’année suivante,cette innovation arrive en France et commence à se développer en 1879 : l’administration autorise la création et l’exploitation de réseaux téléphoniques. La Société Générale du Téléphone installe les premiers abonnés à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux.En 1882, l’Administration décide de réaliser elle-même des réseaux dans quelques villes dont Caen en 1886. Mais très vite l’Etat se heurte au problème du financement, aucun crédit n’étant alloué pour investir dans le téléphone. L’initiative en revient alors aux notables locaux et départementaux par le système des avances remboursables: la ville ou le conseil général avance à l’Etat les sommes nécessaires à l’établissement, l’entretien et l’exploitation du réseau et les recettes servent à rembourser.Confié aux notables départementaux, le téléphone ne va se développer que très lentement: ainsi Caen n’est reliée à Paris qu’en 1898.

GRAHAM BELL Inventeur du téléphone. USA

GRAHAM BELL Inventeur du téléphone. USA

Gaudin de Villaines

Gaudin de Villaines sénateur de la Manche sous la IIIe république

Hormis l’installation de quelques lignes d’intérêt privé reliant par exemple le bureau au domicile, le département reste à l’écart du mouvement. Près de vingt ans après l’invention du téléphone, le 20 août 1895, le conseiller général de Mortain Gaudin de Villaine déposait un voeu tendant à étudier l’organisation dans la Manche d’un réseau téléphonique départemental et communal.

La chance manquée de 1897


Ce voeu est transmis à l’Administration des Postes et Télégraphes qui répond par une lettre du Ministre en date du 5 décembre. L’Administration est toute disposée à procéder à une étude mais « en raison de l’importance du travail et aussi de l’élévation des sommes à engager, elle désire connaître les localités qu’il conviendrait de relier en premier lieu »(1). Dans cette lettre, le ministre évaluait le coût des liaisons entre les localités les plus importantes, exposait le mécanisme financier et précisait le montant des taxes et de l’abonnement. Le 26 janvier 1896, le Directeur Général informe le Préfet qu’un projet de circuit entre Caen et Paris est à l’étude et qu’il a demandé au Calvados s’il serait disposé à négocier pour que la Manche put utiliser ce circuit. Lors de la session d’avril 1896, le rapport du Préfet est mis au voix et adopté. L’affaire reste cependant en sommeil et ne revient à l’ordre du jour qu’à la session d’août 1897. Le projet d’ensemble pour le Calvados et la Manche s’élevait à 465 000 francs dont 200 000 francs environ pour ce dernier. Les chambres de commerce de Granville et de Cherbourg et les municipalités de Cherbourg, Valognes, Saint-Lô, Coutances, Granville, Avranches et Carentan sont consultées sur les subventions qu’elles seraient disposées à souscrire. En conclusion de son rapport, le Préfet demande « si le département doit contribuer à l’avance des 200 000 francs réclamés pour cette organisation et selon votre décision, l’Administration des P et T aurait à fixer la base de répartition entre les principales villes intéressées de la somme à fournir. Si le Conseil Général est décidé à voter un crédit, il y aurait lieu de recourir soit à l’emprunt soit à une imposition extraordinaire » (2). Au voeu du conseil d’arrondissement de Cherbourg pour qu’un circuit Caen Cherbourg soit établi succède le 16 août 1897 un voeu de quatorze conseillers généraux pour qu’un réseau téléphonique soit établi entre les principales localités du département. Lors de la séance du 19 août, le rapporteur de la Commission d’Administration Générale rappelle les différents voeux émis afin que le téléphone pénètre dans la Manche et expose le projet de l’Administration des P et T. Mais avant d’ouvrir le débat, le rapporteur pose très clairement le problème de la participation financière du département: « il sera bien difficile d’aboutir pendant tout le temps que le Conseil Général n’aura pas pris le parti d’intervenir par une participation définie du département » (3). La commission propose que les villes intéressées fournissent la totalité de la somme nécessaire et définit leur participation. LIRE LA SUITE

_______________________________________________________________________________________________________________